CHAPITRE VII : LES STRATEGIES DES VOIES RAPIDES DANS LA VILLE PROVINCE DE KINSHASA : PROPOSITION D’UN EXEMPLE

CHAPITRE VII : LES STRATEGIES DES VOIES RAPIDES DANS LA VILLE PROVINCE DE KINSHASA : PROPOSITION D’UN EXEMPLE

VII.1. INTRODUCTION ET BREF APERÇU DE LA QUESTION

L’ingénieur polytechnicien de Paris, JJ SERVANT SCHEIBER, avait écrit un ouvrage intitulé : « Le défi américain ». Le livre montrait le décalage entre le dynamisme américain et une certaine apathie au sein de l’Europe des années 60. Un autre livre, sorti plusieurs années après, « quand la Chine se réveillera » d’Alain PIERFYTE, membre de l’Académie Française, permet de comprendre à quel point cet auteur aura su anticiper l’extraordinaire miracle économique de la Chine d’aujourd’hui.

La RDC, c’est connu du monde entier, a d’innombrables potentialités. À l’époque de Mgr Luc GILLON, d’heureuse mémoire, il se posait déjà la question de savoir comment on pouvait, sans encombre, circuler très facilement entre les cliniques universitaires de Kinshasa (CUK), qui étaient alors un bijou, et le centre-ville, grâce à une route de voie rapide.

Quand vous allez dans une capitale latino-américaine ou à Londres, il est courant de découvrir des voies de circulation qui surplombent des maisons. Les conducteurs ne se préoccupent ni des croisements ni des feux rouges. Comme ce serait agréable s’il en était de même au sein de la ville de Kinshasa !

Malheureusement, comme le faisait remarquer un adage des philosophes du Moyen Âge, il y a un fossé entre « le pouvoir » et « l’être » (A posse ad esse, non valet consequentia). En effet, de la possibilité d’une chose, on ne peut pas conclure à sa réalité.

Devant la fierté de certains Congolais s’enorgueillissant autour des dites potentialités, nous n’avons jamais cessé de nous étonner car, en dépit de l’avance fulgurante réalisée par ce pays durant l’époque coloniale, nous n’avons cessé de connaître une inquiétante descente vers une certaine ruine qui ne peut qu’attrister les vieilles personnes ayant encore à leur esprit, à titre d’exemple, l’image exubérante de l’ancienne ville de Kinshasa. Tristesse qui se justifie par l’image qu’offrent à ce jour dans l’ensemble, les rues et les avenues de la ville de Kinshasa.

Conformément aux lois de la mécanique des fluides, en dépit d’un renouveau spectaculaire de la Gombe et des grands boulevards, la circulation au sein de la ville de Kinshasa ne s’est pas améliorée pour autant. Les lois de la mécanique des fluides exigent en effet que la voirie urbaine soit un ensemble cohérent, fonctionnel et suffisamment ramifié, de façon à minimiser les goulots d’étranglement.

Homme d’action, Mgr Luc GILLON, conçut un projet de trajet exploitant le tronçon déjà connu : Cliniques Universitaires – Rond-Point Ngaba – Ezo, ensuite toute l’avenue de l’Université, la suite se compliquant à cause de l’aéroport de N’dolo et de nombreuses maisons qu’il aurait fallu démolir.

Dans la discussion, en tête à tête avec le président Mobutu, alors chef de l’État, Mgr GILLON ne put répondre à l’objection de savoir d’où viendraient les fonds nécessaires d’indemnisation des propriétaires qui seraient ainsi préjudiciés. Il eut fallu, en effet, des fonds considérables, un peu à l’image de ceux dont avait disposé, pour la ville de Paris, le baron Georges Eugène HAUSMANN, sous le règne de Napoléon III.

Bien sûr, il faut garder les proportions car le montant qu’on aurait dû mobiliser pour la ville de Kinshasa ne peut être que moindre, comparativement à celui dont avait bénéficié le baron Georges Eugène HAUSMANN pour la modernisation de cette ville de Paris dont la splendeur des grands boulevards force encore, aujourd’hui, l’admiration des visiteurs du 21ème siècle.

Le projet de Mgr GILLON n’eut pas de suite. Pourtant, près de soixante ans plus tard, loin de se fluidifier, la circulation routière à travers la ville de Kinshasa, est encore devenue plus difficile que dans les années soixante. Il y a deux raisons à la base de ces difficultés : la qualité des routes n’est pas au rendez-vous, la construction et l’entretien des voies d’accès ne suivent pas le rythme de l’évolution du nombre de véhicules qui, pour compliquer la donne, a littéralement explosé.

Ce n’est qu’un début. Et pour paraphraser un adage américain : «  Smile because tomorrow, it will be worse ». Ce qui se traduit par : « Souriez car, demain les choses iront moins bien ». En effet, certains spécialistes de la démographie prévoient, pour la ville de Kinshasa, aux alentours de 2030, une population estimée au-delà de 20 millions d’habitants.

À l’heure qu’il est, l’Afrique ne possède que deux mégapoles : le Caire et la ville de Lagos. Ceux qui connaissent cette dernière ville savent que circuler à Lagos est un véritable calvaire. Pour l’édification de l’auditeur, la ville de Pékin, avec ses 22 millions d’habitants, ne pose pas les mêmes problèmes que Lagos.

Aux pics de la circulation à Pékin, la gestion routière offre aux chauffeurs, d’innombrables possibilités en matière de voies alternatives. Ensuite, le GPS gère tellement bien les problèmes de la circulation routière à travers une ville moderne offrant aux chauffeurs d’innombrables voies, à titre d’alternatives, pour accéder d’un point à un autre.

C’est ainsi qu’à Kinshasa, malgré l’effort de modernisation de la Gombe, effort que nous continuons à saluer avec enthousiasme, malgré la multitude des problèmes non encore résolus, celui de la diversification des alternatives offertes aux conducteurs ne fait que se compliquer davantage. Ainsi, le problème posé naguère par Mgr GILLON devient un sérieux problème d’actualité.

On ne peut tout de même pas se mettre en route à 4 heures du matin pour aller à la Gombe, assister à une séance de travail dont le début est programmé à 9 heures du matin. C’est précisément à ce genre de difficultés que l’on va bientôt faire face dans un futur pas trop lointain.

Dans aucun pays on ne peut naturellement, tant qu’on est encore sain d’esprit, accepter de consacrer, chaque jour, près de 10 heures à la circulation pour un tout petit nombre d’heures consacrées au travail utile et dans quelles conditions !

Il n’est pas interdit de rêver. Nous pouvons proposer de construire, dans la ville, une voie rapide. Celle-ci doit être aérienne ou souterraine. La forte pluviosité qu’on connaît à Kinshasa, comme la présence de nombreux cours d’eau, sans évoquer le difficile problème de la gestion des inciviques (cas particulier des Kuluna, etc.), nous renonçons, pour le moment, à toute analyse d’une solution souterraine.

Dans tous les cas, quelle que soit la solution, on n’échappe jamais à l’obstacle que représente la nécessité de mobiliser des sommes colossales. D’où peut donc provenir une telle fortune ? Les responsables le savent très bien puisqu’ils ne cessent de répéter une phrase trop souvent entendue : « Les caisses de l’État sont vides ». Comme on ne peut jamais s’asseoir pour pleurnicher, il faut, tant qu’on est encore en vie, s’acharner à chercher des voies de sortie. Ce matin, nous vous en proposons une, car l’INBTP est capable de trouver cet argent qui manque à l’appel.

En effet, depuis 1961, date de la création de l’INBTP, ce dernier a formé au moins 10.000 ingénieurs (de premier ou deuxième cycle). Si nous demandons à chacun de ces ingénieurs de nous amener au moins un sympathisant, appelé à rejoindre les rangs de l’association des amis de l’INBTP, nous nous retrouvons avec une famille de près de 20.000 personnes, hommes et femmes.

Dans la vie, quel que soit le talent d’une personne, ses possibilités d’action sont si limitées qu’elle est presque toujours obligée de former équipe lorsqu’il s’agit de répondre à un défi majeur.

Avons-nous assez admiré, dans notre vie, les grandes merveilles que représentent les travaux réalisés par une légion de fourmis rouges ou par une population de ces termites discrets et enfouis dans le sol. Ces derniers arrivent à forer des trous atteignant des profondeurs allant jusqu’à 30 m, voire au-delà, à des profondeurs où elles vont chercher des nappes phréatiques ou sources froides générant ce courant d’air frais destiné au confort de cette non moins merveilleuse architecture qu’est une termitière, petite ou grosse.

Quant aux fourmis rouges, elles réussissent, en quelques minutes, à immobiliser un gros python. Quelques heures plus tard, il ne reste plus de cet énorme serpent qu’un squelette parfaitement nettoyé. Le reste est parti en vue d’assurer la cité fourmilière en besoins d’approvisionnement en viande fraîche. C’est à cet égard que les fourmis rouges représentent une véritable police de la forêt.

Une police à ne surtout pas détruire comme le font ces criminels ignorants qui vont dans la forêt brûler des nids des fourmis rouges. C’est le comble de la criminalité et de la dangerosité d’une personne ignorante. Nous sommes certains que nos amis les pygmées qui ont occupé, notamment, le Bas-fleuve, avant l’arrivée de nos ancêtres, n’ont jamais cédé à des initiatives aussi criminelles que celles d’aller brûler un nid de fourmis rouges. Ils connaissaient probablement fort bien le rôle bénéfique joué par ces policiers naturels, au cœur de la forêt.

L’État Congolais devrait, à cet égard, punir avec sévérité quiconque brûle une colonne de fourmis rouges. Nos amis les pygmées qui semblent avoir vécu beaucoup plus longtemps avec les réalités de la forêt équatoriale n’ont jamais cédé à la tentation de brûler les fourmis rouges. Les fourmis rouges nous donnent tant de leçons de solidarité et de complémentarité en plus de leur rôle de policiers de la forêt.

VII.2. INITIATIVES FINANCIERES

Si, un instant, nous imaginons qu’au sein de cette société de près de 20.000 personnes, que chacune contribue, chaque année, pour un montant de 150 USD, nous pourrions, chaque année, réunir un montant équivalent à au moins 3.000.000 USD. C’est un montant à réunir, bon an mal an.

Lorsque vous ne possédez rien, n’essayez même pas d’aller frapper à la porte d’un banquier. La raison est simple. Dans l’évangile, les apôtres, impressionnés par la foule importante de ceux qui étaient venus écouter Jésus et qui allaient devoir peut-être, couvrir la grande distance de retour sans n’avoir rien mangé, se tournèrent vers Jésus pour lui exposer le problème qui les troublaient, à juste titre. Jésus leur demanda de lui montrer ce qu’ils avaient. On connaît la suite. C’est avec le peu de pains et de poissons qu’ils détenaient que Jésus réalisa le merveilleux miracle.

Les souffrances de notre population kinoise ne nous laissent pas indifférents. C’est pourquoi, avant d’aller aborder les grandes banques qui possèdent les moyens d’action nécessaires, nous ne devons aborder ces institutions financières qu’en nous munissant d’un petit fonds qui nous crédibilise et en nous protégeant, d’ores et déjà, au moyen d’un statut juridique qui puisse garantir, au bout du compte, à chacun des membres, une retombée ultérieure raisonnable car, on doit semer pour récolter un jour.

VII.3. LUTTE CONTRE LA CORRUPTION : UN DEFI A RELEVER

Bien qu’ayant acquis le statut de sport national privilégié, la corruption représente, aux yeux de nous tous, le pire ennemi de l’avenir de cette RDC que, pour le bonheur de nos enfants, nous voulons prospère. Ce n’est pas en invectivant contre la corruption que l’on arrivera à combattre efficacement cette dernière.

Ce n’est pas non plus en envoyant à Makala quelques personnes faciles à frapper comme c’est le cas du voleur d’une chèvre. L’approche la plus efficace passe obligatoirement par la mise en place de barrières d’une protection efficace, capable de nous réapprendre, à nous tous, l’obligation de respecter les fonds communs ainsi que les droits d’un chacun.

Un tel succès ne semble être possible que si ? au sein de cette grosse famille, nous nous contentons d’un simple serment nous forçant, chacun, à respecter les fonds communs et leurs retombées. Le réalisme doit nous amener à comprendre qu’un tel serment ne serait qu’une incantation. Nous en avons entendu de très nombreuses.

Nous sommes donc obligés, cette fois-ci, de nous entourer de quelques partenaires capables de nous réapprendre les méthodes fortes qui ont produit leurs effets là où la rigueur de la loi a su produire des résultats probants. En plus de cela, ces partenaires auront la mission combien précieuse de décourager toute dérive autoritaire intempestive et contre-productive en ce qui concerne l’intérêt général de la population.

C’est ainsi que, d’entrée de jeu, nous devons nous associer à la Banque Mondiale, à un certain groupe de financiers américains, européens ou japonais bien choisis en raison de leur capacité en matière de possibilités d’une implication sincère dans un projet de développement au cœur de cette ville de Kinshasa appelée à devenir une mégapole dont les contreforts partiront, un jour, du port en eau profonde de Banana jusqu’aux confins de ce Plateau des Batéké qui nous a toujours fascinés pour les raisons que l’on comprendra dans un autre exposé.

N’oublions pas, qu’en longueur, par exemple, la ville de Johannesburg dépasse considérablement notre ville de Kinshasa. Nous devons également nous associer à nos amis japonais dont nous avons aimé et admiré l’incroyable expertise déployée pour la construction du pont Maréchal, il s’agit en l’occurrence de l’entreprise de construction IHI Engineering.

Peu après la construction du pont, nous avons eu, le professeur ZANA et moi-même, l’occasion de passer à Lwiro, au Sud Kivu, avec l’ambassadeur du Japon, son excellence Monsieur Kazuo Yamashita, près de deux semaines de séjour au Centre de recherche anciennement appelé IRSAC. Au sein de ce Centre travaillaient plusieurs Japonais avec lesquels nous partagions le vécu quotidien.

L’expérience vécue avec son Excellence l’Ambassadeur, une personnalité tout à fait exceptionnelle, aurait pu déboucher sur de très belles perspectives de collaboration. Malheureusement, au niveau de nos supérieurs à Kinshasa, nous fûmes victimes de certaines lenteurs administratives qui furent si importantes que, gênés par l’inadéquation entre l’intérêt que nous accordait son Excellence l’Ambassadeur et les calculs de bas étage que nous ne pouvions pas rapporter à son Excellence, nous n’eûmes d’autre recours que de démissionner de ce Centre et retourner à la Faculté des Sciences.

Aujourd’hui, les temps sont mûrs pour relancer et, sur une échelle autrement plus ambitieuse, une nouvelle formule de collaboration entre le Japon et une association privée relativement plus souple, comparativement aux contraintes de tout un État.

Bien plus tard, l’association des ingénieurs de l’INBTP pourra, si le besoin se fait sentir, faire appel à d’autres pays amis tout en approfondissant et en enrichissant la collaboration avec les quatre partenaires précités (Banque Mondiale, Américains, Union Européenne et Japonais).

VII.4. GRANDES LIGNES DU PROJET

Le projet d’une voie rapide doit avoir un point de départ. Sans nous compliquer sur le choix de ce point, nous allons développer une option qui n’est certainement pas la seule, mais qui nous a été dictée, d’une part par le projet de Mgr GILLON, et de l’autre par les tribulations que nous avons toujours connues lors de nos voyages entre l’Université de Kinshasa et l’Université Pédagogique Nationale ou l’INBTP, institutions où nous avons assuré des enseignements pendant plusieurs décades.

Au cours de toutes ces années, nous nous sommes toujours posé la question de savoir quelles économies on réaliserait, en termes de carburant, d’énervement et d’optimisation de l’emploi du temps, si les quelques 13 ou 14 km de ce parcours qui nous fait passer habituellement par la cité verte étaient remplacés par un parcours de moins de 2 km joignant les cliniques universitaires à Fwakin, dans la commune de Mont-Ngafula et ensuite cette dernière à un endroit appelé Camping, dans la commune de Selembao.

Grosso Modo, ce parcours serait réalisé presque en ligne droite et sur une voie double. La formule que nous proposons, pour être réellement intéressante, doit être, dans la mesure du possible, débarrassée de points d’accumulation.

C’est ainsi que le départ comme l’arrivée doivent être aménagés de manière à réduire au maximum les risques d’un embouteillage.

À l’arrivée, du côté de Selembao, on entre dans le grand projet d’un trajet que nous ne pouvions plus étudier tous seuls car, une telle étude devient réellement compliquée pour une seule personne forcément limitée. De telles investigations demandent que l’on prenne en compte de nombreux facteurs tels que ces endroits que l’on ne peut survoler (cas de la prison de Makala, d’un camp militaire, des endroits stratégiques).

En travaillant en groupe, on a vite identifié ces endroits à exclure. Naturellement, bien des autorités doivent être consultées. Dans tous les cas, des partenaires tels que ceux de l’école d’architecture doivent être associés en vue de joindre l’utile à l’agréable, c’est-à-dire, à l’esthétique urbaine. De cette façon, la voie sera non seulement une solution utilitaire, mais également un apport agréable à la beauté de la ville.

En plus de cette voie rapide, l’entreprise à laquelle on se sera associé pensera à ajouter un plus, notamment la construction, de part et d’autre de la voie, d’une ligne téléphérique, capable de déplacer, chaque jour, dans un sens comme dans un autre, plusieurs milliers de passagers comme cela se fait sur cette ligne téléphérique traversant la Tamise à Londres. Cette dernière voie britannique est empruntée chaque année par près d’un million et demi des passagers.

Une fois arrivée au point terminal, quelque part à la Gombe, la voie aboutit à l’intérieur d’un important immeuble à construire. Il aurait au moins dix étages au-dessus du sol et plusieurs niveaux dans le sous-sol, devant abriter d’innombrables parkings truffés de nombreux senseurs intelligents. En effet, nous pensons déjà aux voitures automatiques, sans chauffeur qui vont être monnaie courante dans les années 2030.

La conception et la réalisation de cet immeuble stratégique doivent être confiées à une entreprise expérimentée, financièrement solide et capable de concrétiser l’œuvre complète en un temps relativement court. Parallèlement à cette grande voie d’accès rapide, l’association des ingénieurs de l’INBTP et de tous les partenaires concernés par le problème de l’efficience de la circulation urbaine à la Gombe doit être prise en compte. Ils devront concevoir un petit système complémentaire permettant à l’usager de la voie rapide de vite atteindre son lieu de travail au bout d’un temps de parcours d’une poignée de minutes : c’est un aspect indispensable et complémentaire au projet.

VII.5. POSTES DE PEAGE

La circulation doit être payante car la construction de la voie aura mis en jeu, comme nous l’avons souligné plus haut, des sommes considérables que l’association doit impérativement rembourser suivant les délais convenus. Par ailleurs, l’association, appelée à devenir propriétaire de la voie rapide et de l’immeuble parking, ne peut en aucun cas s’arrêter à ce seul projet car ce dernier doit être considéré comme le point de lancement des projets futurs de l’association des ingénieurs de l’INBTP.

Ces projets, tout en continuant à se développer au sein de la ville de Kinshasa, devront rapidement déboucher sur de nombreuses autres villes de l’intérieur du pays. C’est de cette façon que, de proche en proche, l’association des ingénieurs de l’INBTP pourra acquérir un niveau de crédibilité que n’a jamais atteint, jusqu’à ce jour, une quelconque association professionnelle œuvrant en RDC. Cet unique titre de gloire serait pour nous sans beaucoup d’intérêt s’il ne servait pas de levier ou de clin d’œil en direction de toutes les grandes associations existant déjà en RDC sous forme de projets ou d’associations ayant déjà pignon sur rue.

Nous pensons, à titre d’exemple, aux associations des médecins, des économistes, des juristes issus de l’université de Kinshasa, voire des associations des anciens de l’UPN, des différentes associations émanant de l’UOC, de l’UNIKIS, etc.

C’est là une belle compétition, une saine émulation combien fédératrice de toutes les énergies latentes depuis l’année de l’indépendance.

Nous avons eu tort, nous les universitaires, de nous asseoir et de tout attendre du gouvernement car, lorsque nous regardons cette colonie belge qui, en cinquante-deux ans, a réalisé de véritables prouesses qui nous étonnent encore, nous avons tendance à les mettre en comparaison avec le peu de réalisations du Congo indépendant et ce, pour une période légèrement supérieure à la période coloniale.

Ceux qui seraient tentés de porter sur nos dirigeants un jugement extrêmement sévère doivent nuancer leur point de vue. En effet, pour diverses raisons que nous n’allons pas analyser, faute de place et d’informations précises (de toute façon, ce n’est pas notre rôle de distribuer des cartes jaunes, rouges ou vertes), nous passons rapidement au rappel d’un facteur trop souvent omis dans la gestion des intérêts du Congo indépendant. Ce facteur prédominant doit être cherché dans la collaboration d’un nombre très élevé d’acteurs indépendants comme le sont les associations.

Nous étions un jour debout devant l’une des églises les plus solides de la ville de Boma : l’église de GIJZEGHEM que les Bayombe appellent KISIKIEMBA ; elle a été construite par une petite communauté de religieuses d’un petit village de Flandres portant le nom ci-dessus. De telles initiatives, modestes mais significatives, on en compte par centaines voire par milliers à travers l’ex Congo Belge.

Nous n’avons pas assez fait attention à cette nécessaire complémentarité entre l’État et le privé. Il est plus que temps de repenser nos stratégies de développement et de nous ouvrir aux remarquables potentialités des associations partout de par le monde.

Sur certains Campus Universitaires, aux USA, nous avons parfois été émerveillés par la beauté de tels homes estudiantins, et lorsque nous demandions à qui ils appartenaient, grande était parfois notre surprise en apprenant que le bijou en face de nous était la propriété d’une association d’étudiants et que pour sa gestion financière, on a dû faire venir, de New-York, un financier hautement spécialisé.

VII.6. REMBOURSEMENT DES DETTES

Grâce aux 3.000.000 $ initialement mobilisés et annuellement apportés, l’association aura pu, avec l’aval de la Banque Mondiale, négocier le prêt nécessaire pour la réalisation de tous les travaux qualitativement décrits ci-dessus.

Dès que les travaux sont terminés, la voie rapide est mise à la disposition du public. Son intérêt va résider dans le fait que l’utilisateur va pouvoir atteindre son lieu de travail au bout d’un temps ne dépassant pas les trente minutes. Bien des sources d’énervement lui auront été épargnées. Surtout, il aura su économiser énormément de carburant qu’il aurait inutilement brûlé dans les embouteillages.

En échange de tous ces avantages, l’heureux bénéficiaire aura à payer un petit péage de l’ordre de 5 $ pour un aller-retour. Un système électronique couplé à une caméra et une banque de données de plaques d’immatriculation pourra facilement gérer ce genre de problèmes grâce à un ordinateur central.

Après avoir consulté les spécialistes de la circulation routière, nous avons été amenés à estimer à 20.000 le nombre d’utilisateurs au cours d’une période de 24 heures, car la voie reste accessible 24h/24.

Sans entrer dans d’autres détails que nous réservons uniquement à l’association des ingénieurs, nous estimons que l’État, en raison de ses nombreuses charges et obligations, doit pouvoir bénéficier de 20 % des recettes journalières. Il n’est pas possible de monter plus haut car le remboursement de la dette auprès des banques doit être la grande priorité. Pour cette finalité, nous avons proposé un pourcentage d’au moins 30% de ces recettes journalières à réserver, dès le départ, au remboursement de la dette.

L’association peut proposer d’augmenter ce pourcentage, mais surtout pas de le diminuer car nous sommes au début d’un grand voyage plein d’écueils et d’ambitions légitimes.

Pour ce faire, nous devons créer auprès de nos partenaires des liens de confiance qui soient tellement forts que demain, ces mêmes partenaires deviendront des alliées avec lesquels nous solliciterons d’autres partenariats pour des projets tout aussi ambitieux qui vont intervenir dans la suite.

Pour terminer, l’amour propre est souvent une attitude contre-productive. Puisqu’au départ, l’association ne possède aucune expertise déjà démontrée au niveau international, il serait tout à fait sage de chercher, sur les places financières internationales (New-York, Londres, Paris, Genève et Frankfort) une personne bien triée sur le volet.

La mission d’une telle personne (ou de ce petit groupe des personnes, à l’instar de celles de la gestion de homes dont nous avons parlé ci-dessus) doit posséder bien des qualités déjà reconnues. C’est cette personne qui aurait la lourde tâche de l’administration des finances générées par la voie rapide et du contrôle des taxes ainsi que des remboursements mensuels contractés initialement.

L’universitaire congolais, à l’heure actuelle, semble encore peu intéressé par la question des projets communautaires, en relation avec un financement participatif, surtout lorsque ces projets doivent porter sur un certain futur. C’est ainsi que le président de l’association des ingénieurs de l’INBTP, à cette époque de la conférence, ne m’accorda qu’une attention polie, ne me posa aucune question et ne me proposa aucune réflexion.

Le message semble clair : ma conférence ne suscitait aucun intérêt. Je la rentrai dans mes tiroirs en attendant de meilleurs temps, car avec d’autres présidents de l’association des ingénieurs de l’INBTP, la conférence, sait-on jamais, pourrait rencontrer un jour un écho favorable.

VII.7. MOTS DIFFICILES

Polytechnicien :

Un ingénieur sorti d’une école dont la finalité est de former des ingénieurs. Ce genre d’école est l’une des révolutions introduites par le génial Napoléon 1er qui voulait, dans plusieurs disciplines des activités humaines, que l’on forme des jeunes spécialistes, généralement très forts, en mathématiques.

C’est à cette intention qu’il créa les premières écoles polytechniques dont la plus célèbre était l’école polytechnique de Paris appelée à essaimer dans plusieurs endroits hors de la capitale car c’est un patrimoine extrêmement précieux. Il a mis au point une foule d’habitudes de rigueur et de méthodes de travail indispensables à la formation d’un ingénieur de très haut niveau.

Si l’un de nos jeunes gens veut tester son niveau de maîtrise en matière de mathématiques, il peut consulter quelques-uns de ces tests régulièrement proposés aux examens d’entrée à l’école polytechnique de Paris. Depuis lors, les écoles polytechniques se sont multipliées dans le monde entier.

Apathie :

Manque d’enthousiasme faute d’objectifs bien définis qui puissent servir de pôle d’attraction, surtout aux jeunes.

Académie Française :

Encore une Institution de la France (fondée en 1634 et officialisée en 1635 par le Cardinal de Richelieu). Le nombre des membres de l’Académie Française est de 40. On les appelle les 40 immortels.

Potentialité :

Source des richesses généralement non encore identifiées. Les politiciens connaissent les minerais du Congo, comme le Cuivre et le Cobalt, mais ils ne mentionnent pas l’eau douce, le sable, l’air pur qui pourraient attirer des foules de touristes. Ils ne connaissent pas le Limba adulte qu’il ne faut surtout pas abattre. Dans leur ignorance, nos politiciens ont abattu le Limba et les arbres séculaires.

En Europe, notamment en France, il est désormais interdit d’abattre un arbre vieux d’au moins cent ans.

En RDC, ils sont abattus allègrement parce que ceux qui donnent les permis d’abattage n’ont aucune idée de l’une des plus grandes richesses de la RDC, à savoir le sous-bois. Le sous-bois est une végétation d’herbes, d’arbustes et des lianes enchevêtrées qui se développent à l’intérieur de la forêt, à l’ombre de grands arbres qui le protège.

La canopée :

Partie de la forêt directement en contact avec les rayons du soleil. Lorsque les grands arbres existent encore, leur feuillage représente la canopée de la forêt. Contrairement au sous-bois qui, en général, ne reçoit que 10 % du rayonnement en provenance du soleil, la canopée reçoit 100 %. d’ensoleillement. C’est pour cela que le feuillage est caractérisé par une molécule extrêmement spécialisée appelée chlorophylle.

Grâce à la complexité de cette molécule, d’innombrables réactions chimiques ont lieu à des températures tout à fait normales et sous la pression atmosphérique normale. Alors que dans les usines, de telles réactions demandent des centaines de degrés centigrades et de pression se comptant parfois par dizaines, voire par centaines de bars.

Image exubérante :

Image très agréable car nos jeunes ne connaîtront plus jamais les sapins d’Inde bornant le Boulevard du 30 Juin.

À ma connaissance, le seul sapin d’Inde ayant échappé aux massacres criminels est le beau spécimen mystérieusement conservé et que l’on trouve encore devant l’INBTP.

Goulots d’étranglement :

On connaît le goulot d’une bouteille. Observez la difficulté qu’éprouve l’eau pour sortir d’une bouteille dont le goulot, c’est-à-dire la partie étranglée, est particulièrement étroit. La difficulté de sortie qu’éprouve l’eau est attribuée à la lutte que se livrent l’eau et l’air : l’air tend à entrer le plus rapidement possible dans la bouteille, alors que l’eau cherche à en sortir aussi vite. Comme le passage est étroit, on comprend les raisons de cette lutte exceptionnelle. Ainsi, une rue étroite est un goulot d’étranglement.

Préjudicier :

Préjudicier quelqu’un, c’est lui causer du tort. Dans la construction d’une voie rapide, on doit détruire plusieurs immeubles et villas. Les propriétaires y perdraient énormément. Il faut leur fournir d’autres immeubles et d’autres villas afin de compenser les dégâts ou préjudices qu’on leur aura causés.

Splendeur :

Beauté magnifique des monuments d’une rue extrêmement agréable à contempler.

Fluidifier :

Fluidifier une circulation, c’est la rendre facile à l’instar de l’eau ou des objets circulant au milieu d’un cours d’eau sans obstacles.

La qualité des routes n’est pas au rendez-vous :

Les rues ne se sont pas améliorées, avec le temps. Elles ne se sont pas améliorées, soixante ans plus tard. Même si, certaines avenues semblent larges, il n’empêche que de nombreuses voies d’évacuation sont loin de répondre aux normes d’une circulation facile.

Donne :

Aspect général de la situation.

Paraphraser :

C’est reformuler une phrase ou une idée.

Le Caire :

C’est la Capitale de l’Égypte.

Lagos :

C’est la Capitale Économique du Nigéria.

Au pic de la circulation :

C’est-à-dire au plus fort de la circulation.

GPS :

Global Positioning System. Grâce aux satellites, il existe un système permettant de gérer les véhicules circulant dans une ville. Le chauffeur peut consulter ce système comme on consulte un dictionnaire. En réponse, le système lui indique la meilleure voie à suivre compte tenu des obstacles en amont du chemin qu’il voudrait suivre. Ainsi, on diminue considérablement le nombre possible de bouchons ou goulots d’étranglement.

Défi majeur :

Répondre à un défi majeur, c’est trouver des solutions à un problème très difficile.

Nappes phréatiques :

Cours d’eau à l’intérieur du sol. L’eau à l’intérieur du sol ne se trouve généralement pas à l’état de stagnation, c’est-à-dire au repos. Cette eau circule suivant des parcours bien précis. Ce sont ces parcours qui sont matérialisés par des cours d’eau sortant du sol à certains endroits. Une fois sorti du sol, le cours d’eau prend le nom de ruisseau. À l’intérieur du sol, il porte encore le nom de nappe phréatique, du grec ancien phréar (puits).

Bon an mal an : A tout prix, chaque année.

Invectivant : Critiquer la corruption en utilisant des gros mots.

Incantation : Un vœu formulé sous forme de prière magique, un vœu auquel on ne croit pas beaucoup.

Contreforts : Sont les collines qui précèdent une chaîne des grandes montagnes.

Mégapole : Une très grande ville comme New-York.

Port en eau profonde : Un port sur l’Océan, généralement loin de la côte parce que les très gros navires qui accostent à ces ports ne peuvent naviguer que là où il y a des grandes profondeurs puisque dans ces navires, la partie sous eau peut représenter un immeuble de plusieurs étages.

Déboucher : C’est traduire par des projets de coopération.

L’inadéquation : La différence entre l’intérêt que nous accordait nos partenaires japonais et une certaine indifférence du coté de nos partenaires congolais.

Points d’accumulation : C’est un bouchon en termes de vocabulaire routier.

Ligne téléphérique : Câble aérien supportant des wagons semblables à des mini-bus dont la capacité serait de l’ordre d’une douzaine de personnes.

Associations ayant pignon sur rue : Il s’agit d’associations respectées et bien connues.

Prouesses : Exploits, réalisations remarquables. Dans un match de football resté célèbre, le Léopard avait pu marquer trois buts en trois minutes et avec le même footballer. C’était une prouesse.

Ecueils : Difficultés souvent cachées qu’on ne découvrent qu’après.