CHAPITRES VIII. RATS MAITRES
CHAPITRES VIII. RATS MAITRES
VIII.1. Lecture sur Rats Maîtres
Dans une population des rats, il y a très rapidement des rats qui sont doués (1) pour profiter des autres. Il y a des rats qui deviennent des esclaves ravitailleurs. Une fois le système bien établi, ceux qui en sont les détenteurs, n’ont aucun intérêt à ce qu’au sein de ce système on ait un quelconque changement.
Il en va de même dans les sociétés des hommes. Ceux qui sont bénéficiaires des certains privilèges indus n’ont aucun intérêt à ce que la situation change. Sans pouvoir, la société ne peut pas s’établir dans la durée.
Nous avons été toujours fascinés devant l’extraordinaire organisation qui règne parmi les fourmis rouges, notamment lorsque, au cours de notre enfance, elles organisaient les bouclages d’un village. C’était vers le début des années 1940, elles entraient dans les maisons, peut-être, aux environs de 22 heures.
Nul ne savait d’où elles venaient. Tout ce que nos parents savaient faire était de répandre, sur la cour du village, des petits remparts de cendre et de créer, ainsi, des aires protégées à l’intérieur desquelles les petits enfants, que nous étions, pouvaient continuer à dormir tranquillement.
A l’intérieur de ces aires protégées, les parents apportaient bientôt diverses denrées alimentaires périssables ainsi que des poules et des coqs ligotés qui venaient d’être rapidement sortis de leur sommeil. Peu après, la maison devenait littéralement infréquentable tant les envahisseurs étaient présents partout. Cancrelats et autres insectes, sans oublier rats et geckos, étaient soit emportés, soit agressés et mis à mort. La bataille, dans le silence le plus total, faisait rage toute la nuit.
Aux environs de quatre heures du matin, commençait la fin de cette expédition punitive. En rangs serrés, les envahisseurs repartaient vers des campements parfaitement tenus secrets. Là où il fallait traverser des petits ruisseaux, des ponts de fortune étaient formés. Tout au long de ces rangées serrées, les transporteurs, lourdement chargés, étaient protégés par d’impitoyables gendarmes reconnaissables par leur terribles mandibules et leurs grosses têtes rouges. Ils se tenaient fixes et menaçants devant ces innombrables soldats qui passaient à vive allure en emportant divers butins.
Lorsque le soleil se levait, seules les traces de pas restaient encore visibles. Tous ces soldats étaient partis. Par contre, dans toutes nos cabanes, la tranquillité était totale pendant plus d’une semaine sinon deux. On ne pouvait plus voir la moindre trace d’un quelconque insecte. Aujourd’hui, avec les insecticides, on procède autrement. Mais, les résultats sont tellement troublants. (Question : pourquoi les résultats sont-ils troublants ?)
A un ami qui a encore la chance d’avoir de bons yeux, je demandais si autour de nous, dans la nature, dans les environs de Kinshasa, il voit encore autant d’abeilles « butinant parmi les fleurs ». La réponse m’a fait peur : « professeur, me dit-il, j’ai moi-même posé la question à quelques amis, il semble bien qu’il y a nettement moins d’abeilles et que bientôt il n’y en aura plus autour de Kinshasa».
Nous osons croire que nos fameux décideurs de la Communauté Internationale sauront ouvrir les yeux et mettre fin, pendant qu’il est encore temps, à la production de ces terribles insecticides qui font tant de mal à nos merveilleuses abeilles et d’une manière générale à tous ces insectes régis par de nombreuses lois naturelles non encore totalement élucidées même par les meilleurs entomologistes. Ils doivent s’y prendre à temps parce qu’il y a une terrible inertie internationale.
En effet, il semble que, à titre d’illustration, le ddt (dichloro diphényl trichloréthane) a été prohibé depuis des nombreuses années. Pourtant, je ne sais par quel miracle, certaines de nos maraîchères de Kinshasa savent toujours trouver ces fameux DDT qu’elles prennent pour un produit parfaitement inoffensif.
Nous aimerions bien savoir qui leur fournit un produit aussi dangereux. Hélas, pour une telle question, il est clair que les structures sociales ne nous ouvrent aucune porte vers des réponses crédibles. Il y a toujours des intérêts tapis dans l’ombre.
Grande serait notre naïveté si notre regard restait rivé sur la fameuse Communauté Internationale. Elle est en train de perdre son pouvoir. Le pouvoir réel qui dirige notre monde d’aujourd’hui, est entre les mains des multinationales dont certaines sont si puissantes que les médias occidentaux n’osent même pas prononcer leurs noms et n’osent surtout pas dénoncer le caractère nocif de leurs produits emblématiques. Comment l’humanité pourra-t-elle sortir de ce terrible carcan meurtrier ?
A un autre endroit, nous dénonçons la dangerosité des herbicides utilisés en Argentine et dans de nombreux autres pays. Les ravages commencent à se faire sentir. Mais, qui peut se lever contre ces puissantes entreprises ?
<w:t>Nous serions fort naïfs si, à la suite de cette réflexion nous en arrivions à croire que seules les multinationales sont coupables face aux agressions dont le monde des insectes est victime. Ce serait commettre une grave erreur de naïveté car, dans les fonds de nos villages, nos frères villageois ne sont guère bien renseignés sur les innombrables services que les insectes comme les milliards de micro-organismes vivant partout dans le sol nous rendent, dans notre vécu quotidien.
Voici un exemple cruel
A l’occasion de mes derniers passages dans mon village, il y a de cela fort longtemps, je racontais l’histoire des fourmis rouges qui organisaient, naguère, le rôle d’agents de bouclage du village. C’est une histoire du genre de celle que vous venez de lire ci-dessus.
Mes jeunes auditeurs étaient fort amusés par mon histoire, car me dirent-ils, ils ont trouvé les voies et moyens en vue d’organiser, autour du village, les opérations de représailles en vue de détruire, systématiquement, les nids de tous ces ennemis de leurs villages. Je fus littéralement effrayé car les fourmis rouges, pour ne citer que celles-là, ont vécu dans nos forêts des siècles et des siècles. Elles jouent, depuis fort longtemps, le rôle bénéfique de policiers du village et des environs.
Savez-vous, par exemple, leur dis-je, qu’un serpent pont, en moyenne, 60 œufs et que ces pontes se font trois fois l’an. Faites le calcul, cela représente 180 œufs par serpent femelle et par an. Or, même si on admet qu’actuellement la consommation des serpents s’est fort répandu, il n’est pas certain que les humains, dans nos villages, soient réellement outillés pour contrôler efficacement la population de ces serpents qui risquent de devenir, pour nous tous, une véritable menace.
Lorsque les fourmis ne sont pas décimées, elles représentent l’une des meilleures polices pour contrôler la population des serpents.
Le serpent, vous le savez tous, avance au moyen de ses écailles. Ces dernières lui permettent de progresser, mais jamais de reculer. D’ailleurs, si vous êtes observateurs, vous aurez constaté que les écailles ventrales sont plus épaisses et plus robustes.
En traversant une rangée des fourmis, le serpent doit soulever ses écailles ventrales en donnant aux fourmis une excellente opportunité pour accéder jusqu’à sa peau délicate. Une fois en cette position idéale, la fourmi n’attend aucun signal pour piquer avec toutes ses forces.
Devant la douleur ressentie, car la peau est tendre et délicate, le serpent se recroqueville afin d’écraser le petit envahisseur qui ne semble nullement impressionné. En se recroquevillant, le serpent soulève de nombreuses autres écailles en s’exposant à ces adversaires intelligents qui se précipitent partout où le serpent vient de leur exhiber sa peau si tendre, si délicieuse et si fragile.
Au lieu d’avoir à faire à un adversaire, le serpent se trouve bientôt agressé par des milliers d’adversaires.
Combien de temps va durer ce combat inégal ? C’est une question pour laquelle nous n’avons aucune réponse car il faudrait filmer cette scène d’une cruauté indescriptible. D’un tel combat, le serpent ne peut, en aucun cas, sortir vainqueur.
<w:t xml:space="preserve">L’histoire qui précède vous montre de quelle façon les fourmis rouges, pour ne parler que d’elles, contrôlent la population des serpents et d’une foule d’autres insectes vivant dans les environs de nos villages comme dans tout le reste de la forêt.
Nos jeunes écervelés, qui brulent les nids de fourmis rouges, commettent des graves crimes écologiques pour lesquels ils mériteraient la prison si et seulement si nos administrations territoriales étaient encore gérées par des agents formés au contact des réalités entomologiques qui gèrent les populations des insectes, des serpents et d’une foule d’autres animaux potentiellement dangereux si leur nombre venait à dépasser un certain seuil.
Remarque
<w:tab w:val="left" w:pos="1114"/></w:tabs><w:spacing w:after="0" w:line="360" w:lineRule="auto"/><w:ind w:firstLine="720"/><w:jc w:val="both"/><w:rPr><w:rFonts w:ascii="Serif" w:hAnsi="Serif" w:cs="Tahoma"/><w:color w:val="000000"/><w:sz w:val="26"/><w:szCs w:val="26"/></w:rPr></w:pPr><w:r w:rsidRPr="000A104A"><w:rPr><w:rFonts w:ascii="Serif" w:hAnsi="Serif" w:cs="Tahoma"/><w:sz w:val="26"/><w:szCs w:val="26"/></w:rPr><w:t>Le comportement des jeunes écervelés qui brûlent les nids des fourmis rouges, ressemble étrangement au comportement de ceux jeunes qui ont abattu les safoutiers de l’Ingénieur Agronome MAYUBA Henry BIKORO. C’est l’histoire que vous avez lu au premier chapitre. Ces deux exemples montrent l’urgence d’organiser, à travers tout notre pays, des actions systématiques en matière d’éducation de toute la population de nos villages, qu’il s’agisse des adultes ou des jeunes.
<w:tab w:val="left" w:pos="1114"/></w:tabs><w:spacing w:after="0" w:line="360" w:lineRule="auto"/><w:ind w:firstLine="720"/><w:jc w:val="both"/><w:rPr><w:rFonts w:ascii="Serif" w:hAnsi="Serif" w:cs="Tahoma"/><w:color w:val="000000"/><w:sz w:val="26"/><w:szCs w:val="26"/></w:rPr></w:pPr><w:r w:rsidRPr="000A104A"><w:rPr><w:rFonts w:ascii="Serif" w:hAnsi="Serif" w:cs="Tahoma"/><w:color w:val="000000"/><w:sz w:val="26"/><w:szCs w:val="26"/></w:rPr><w:t xml:space="preserve"> N’avez-vous jamais entendu cette inquiétante réflexion d’Albert Einstein ? « Lorsque les abeilles auront disparu de notre Planète, sachez qu’elle est proche, la fin de l’homme sur notre Planète ». C’est une réflexion rencontrée, au hasard de mes lectures, malheureusement je ne suis plus capable de localiser exactement l’occasion ayant conduit Albert Einstein à formuler cette réflexion surprenante.
Si les jeunes de nos villages arrivent à réaliser l’exploit d’exterminer toutes les fourmis rouges de nos forêts, il est clair que ces forêts deviendraient infréquentables, ne serait-ce qu’à cause des serpents et de nombreux insectes dont les populations sont régulièrement contrôlées par les actions de ces fourmis rouges exerçant, comme souligné plus haut, le rôle d’une police admirablement organisée.
IX. Mots difficiles
1. Doué
Avoir des aptitudes. Un enfant doué de grande intelligence est un enfant qui comprend très rapidement et qui sait souvent anticiper d’une manière heureuse et inattendue. Exemple : Evariste Gallois était un enfant fort intelligent. Un jour, nous parlerons de ce jeune homme.