Chapitre VII : Nuit et le repas mijoté
Chapitre VII : Nuit et le repas mijoté
VII.1 Lecture du texte nuit et le repas mijoté
Le soleil (1) va se coucher. Tout au loin à l’horizon (2), pourquoi le soleil
est-ildevenu si grand et si rouge ? A présent, on peut le regarder pendant
quelques instants, sans avoir mal aux yeux.C’est comme s’il était fatigué de sa
longue course. Une course qu’il a commencé depuis 6 heures du matin lorsqu’il
était encore à l’autre côté, d’où il sortira encore demain matin.
Le soleil va se coucher (3). Avant d’aller plus loin dans le texte, malgré
la beauté du soleil devenu doux et facile à regarder, nous n’encourageons pas
cette tentation de regarder le soleil car nous ne sommes pas sûrs qu’il soit
devenu aussi inoffensif que cela. Même à l’occasion d’une éclipse, ne regarde
jamais le soleil. Il reste, en effet, très dangereux pour tes yeux car les rayons
X (4) sont toujours là.
Si tu veux, malgré ce conseil, te livrer au spectacle d’une promenade sur
la surface du soleil, tu dois t’équiper d’une paire de lunettes spéciale
comportant un filtre qui arrête les méchants rayons X provenant du soleil.
Même dans ce cas, il faut que la paire en question soit une paire produite par
une maison spécialisée car, ce ne sont pas les premiers verres fumés que l’on
va considérer comme étant des prototypes de filtre efficaces, vis-à-vis des
rayons X émis par le soleil.
Les oiseaux se font rares dans le ciel. Ils ne veulent pas être surpris par la
nuit. Pendant que je regardais ainsi le soleil couchant, subitement, sans
atteindre la ligne de l’horizon, le disque rouge disparaît définitivement. C’est
pourquoi, à l’attention del’homme qui est toujours imprudent, le soleil nous
laisse pour un temps, une petite lumière douce. C’est le crépuscule.
On voit encore un peu partout, mais le soleil lui-même s’est caché.
Bientôt, c’est l’ombre qui vient petit à petit envahir tout l’espace autour de
nous. Heureusement que dans les villes, nous avons dans nos maisons les
lampes et dans nos rues, l’éclairage public, là où nos ennemis, les inciviques
impunis, n’ont pas encore volé les câbles.
Chaine de solidarité – Professeur émérite Butsana bu Nianga
35
Pour une amélioration de la qualité de l’enseignement en R.D. Congo
La nuit au village, ce sont les poules qui viennent de rentrer dans leur
maisonnette. Ce sont les mamans qui reviennent des champs. Combien,
lorsque j’étais petit enfant, j’aimais surveiller le retour de ma mère car avant
de partir à la forêt, elle avait l’habitude de laisser la clé à un endroit convenu
sachant que, après l’école, je regagnerais la maison avant elle.
Une fois, à l’intérieur de la maison où il faisait déjà sombre, je savais
sans hésitation (5) mettre ma main sur mon assiette, toujours bien garnie (6)
et bien couverte. Je venais m’asseoir sur le seuil de la porte (7) et là, en quelques
cuillérées (8), je terminais ma petite assiette dans laquelle, chaque matin,
maman prenait toujours soin d’insérer ma petite cuillère. Qu’ils étaient si
beaux les jours de notre enfance ! Lorsque bien plus tard maman surgissait,
c’était la grande joie des retrouvailles. Mais, au-delà de ces retrouvailles, ma
tête me disait que dans son panier, selon la saison, il y avait beaucoup de
bonnes choses.
De toutes ces surprises agréables, la plus intéressante c’étaient les maïs
frais et les safous. Dans les villages, les mamans n’ont ni micro-onde, ni
cuisinière électrique. Elles ne peuvent cuire qu’avec le feu de bois. Voilà
pourquoi elles avaient l’habitude de commencer par un petit plat dont la
cuisson ne prenait pas beaucoup de temps. C’était le cas des safous ébouillantés
(9) et du maïs frais dont la cuisson était très facile. Ces safous et ces maïs, quel
délice !
A cause du safou, le sommeil ne tardait pas à venir. Et lorsque, bien plus
tard, au cœur de la nuit la maman tentait de nous réveiller, il était bien trop
tard pour que nous manifestions encore un quelconque intérêt pour la
nourriture.
Faute d’avoir réussi à nous réveiller, la maman nous trainait, à notre
insu, vers le lit et la nourriture allait subir la seconde cuisson qui était, à mon
avis, la plus importante puisqu’elle réalisait une foule d’opérations délicates et
subtiles. Le plat emballé avec des feuilles vertes, était placé au bord d’un feu qui
s’éteignait lentement pour ne plus laisser au matin que la cendre chaude où l’on
pouvait encore parfois observer quelques étincelles égarées et sorties de nulle
part.
Chaine de solidarité – Professeur émérite Butsana bu Nianga
36
Pour une amélioration de la qualité de l’enseignement en R.D. Congo
Quelle misère que nos mamans des villes et même des villages perdent,
peu àpeu, l’art et les secrets de la nourriture mijotée plus de huit heures au
bord d’un petit feu qui se meurt lentement ! La sauce avec tout ce qu’elle
comporte d’ingrédients, a eu le temps de pénétrer profondément au cœur de
l’igname ou de la banane en y apportant je ne sais quel bouquet indescriptible.
La sauce restée dehors, a eu le temps de gagner une saveur si délicate.
Prends-en une petite cuillérée que tu absorbes en plus avec une lenteur
consciente car, manger est aussi un art. La nourriture absorbée en petite
quantité amène vers notre cerveau bien des messages complexes. Bien sûr,
nous sommes conscients après coup que ces nombreuses sensations qui
viennent s’échouer sur notre langue apportent à notre cerveau des souvenirs
qui nous accompagneront jusqu’au soir de notre vie. Le reste de messages, c’est
naturellement de la pure spéculation.
Lorsque l’homme cesse de rêver, il n’est plus un homme complet. Il faut
savoir rêver et prolonger au loin les sensations agréables perçues par notre
langue. Le goinfre dévore la nourriture, tout ce qu’il demande c’est de remplir
son estomac. C’est fort dommage car il faut manger avec tout son esprit et tous
les sens allumés. Un bon repas nous laisse des souvenirs agréables qui vont
parfois loin dans l’avenir en prolongeant bien loin notre joie de vivre. C’était
autour de ce repas matinal, surtout le jour des congés, que nous avions l’occasion
de savourer lentement les résultats de la cuisine mijotée, une cuisine provenant
de je ne sais quel concert et de je ne sais quel mélange de goûts aussi nombreux
que subtils. Les sensations ainsi retenues dans l’enfance, nous ont accompagné
parfois jusqu’au cœur de la vieillesse.
Est-ce que nos mamans étaient conscientes du beau travail qu’elles
réalisaient avec ce beau repas mijoté (10)? Les enfants qui se sont fait une
idée de ce genre de repas, gardent jusqu’à la fin de leur vie un souvenir ému de
leur mère et parfois de leur grand-mère, des présences discrètes et pourtant si
attentives qui, à notre insu ont si souvent fait travailler le feu et la nuit pour
nous réserver, avant que le soleil nouveau se lève cette pure merveille qu’est
le repas mijoté.
La nuit détient beaucoup de mystères. Ce qui se fait avec art, se fait sans
hâte et loin de tout regard impatient. Le repas mijoté, est un souvenir d’enfance
Chaine de solidarité – Professeur émérite Butsana bu Nianga
37
Pour une amélioration de la qualité de l’enseignement en R.D. Congo
que l’on emporte tendrement jusqu’au soir de la vie.
VII.2. Mots difficiles
1. Soleil : c’est une étoile entourée de plusieurs planètes dont la Terre.
L’étoile laplus proche, Proxima de la Constellation du Centaure se trouve
à 4,22 années-lumière.
2. Horizon : la ligne qui barre notre vue dans le lointain. As-tu remarqué,
à quel point lorsque tu voyages, l’horizon s’éloigne toujours devant toi.
3. Le soleil va se coucher : le soleil se couche. En partant, nous parlons
ainsi comme les villageois qui pensent encore que c’est le soleil qui
tourne autour de la terre. Depuis, le savant Italien Galilée (1564-1632),
on savait que c’est la terre qui tourne autour du soleil et qui tourne
également autour de son axe polaire.
Un tour complet autour du soleil dure, à peu près, 365.26 jours.
Cependant, un tour complet du mouvement de rotation autour de l’axe
polaire dure à peu près 24heures. Ainsi, en une journée, la terre tourne
devant le soleil.
Le mouvement du soleil, au cours de la journée, ne représente donc une
apparence trompeuse. Ce dernier mouvement porte le nom du
mouvement diurne. (Ce mot étrange vient du mot latin dies=jour). C’est
pour cette même cause de la rotation autour de l’axe polaire que chaque
nuit,la lune, les planètes et les étoiles, à l’instar du soleil, s’élèvent et
se couchent.
4. Rayons X : La lumière émise par le soleil comporte des milliards des
rayons lumineux que l’on peut décomposer au moyen d’un ou plusieurs
prismes. Le prisme le plus élémentaire que tout le monde connaît, mais
dont il n’a peut-être pas pris la pleine conscience, est la gouttelette
d’eau.
Chaine de solidarité – Professeur émérite Butsana bu Nianga
38
Pour une amélioration de la qualité de l’enseignement en R.D. Congo
Légende : les rayons du soleil traversant des gouttelettes d’eau en suspension
Lorsque vous vous trouvez devant un arc-en-ciel, vous devez savoir que
vous vous trouvez devant une lumière qui vient de traverser, quelque
part, des gouttelettes d’eau. Il s’agit généralement de l’eau de pluie.
Voir Photo.
5. Hésiter : c’est quand on n’est pas tout à fait sûr : « entre ces deux solutions,
j’hésite ».
6. Assiette bien garnie : dans laquelle il y a une bonne quantité de
nourriture.
7. Seuil de la porte : une petite clôture, aménagée au bas de la porte en vue
de décourager les animaux qui voudraient entrer. Pourtant, le serpent
n’entre pas facilement dans le seuil car, le serpent grimpe difficilement
le long de mur.
Cependant, les moutons, les chèvres et les poules entrent facilement si
l’on n’y prend garde. Les cochons, Dieu merci, ne savent pas sauter, fort
heureusement car le cochon, avec ses 44 dents est un grand fauteur de
trouble.
Les petits bébés non plus ne peuvent pas sortir dehors tant qu’ils sont
encore trop petits.
8. Une cuillérée : le contenu d’une cuillère.
Chaine de solidarité – Professeur émérite Butsana bu Nianga
39
Pour une amélioration de la qualité de l’enseignement en R.D. Congo
9. Ebouillantés : cuits dans une eau chaude mais non bouillante, la
casserole ayant été retirée du foyer.
10.
Un repas mijoté : repas cuit à petit feu pendant plusieurs heures.
Certains repasmijotés peuvent prendre 48heures. C’est évidemment un
cas extrême. Dans le cas des Congolais, la durée dépasse les huit
heures. Observons que chez les juifs, le repas mijoté peut prendre 40
heures et plus. Dans l’art culinaire des juifs, le recours au repas mijoté
est une pratique indispensable puisque pendant le sabbat, on ne peut
pas travailler. Nous parlons dela durée que prend la cuisson dans le
four à une certaine température certainementinférieure à 100°C.
11.
A l’instar : comme.
12.
Le soleil si grand, si rouge : c’est un phénomène dû surtout à la
nature de notre œil. Les rayons du soleil, le soir, sont devenus très
faibles parce que très obliques. C’est un mouvement apparent, une
illusion que nous nous faisons puisque toutes ces observations nous les
réalisons à bord de notre véhicule qu’est la Planète Terre.
13.
Le soleil s’élève : il s’élève à l’Orient.
14.
Coquille : faute.
15.
Une brassée : est le contenu de ce que l’on transporte avec ses deux
mains formant une sorte de récipient.
16.
Une Bouchée : c’est la quantité de nourriture en pleine
mastication. Normalement la prochaine cuillérée ne vient que lorsque
l’on a totalement avalé la bouchée précédente. Sais-tu qu’il ne faut boire
qu’après la fin du repas ?
En effet, il faut que la nourriture soit bien salivée, car la salivation est
l’une des phases importantes de la digestion. Pour la même raison, on
mangera le pain sans l’avoir trempé dans le thé, dans le café ou dans le
lait. Il faut provoquer, en effet, l’apport de la salive.
Chaine de solidarité – Professeur émérite Butsana bu Nianga
40
Pour une amélioration de la qualité de l’enseignement en R.D. Congo